samedi 30 octobre 2010

Mainstream, cette culture qui plaît à tout le monde


Mainstream ['meInstri:m] adj. - mot d'origine américaine : grand public, dominant, populaire. L'expression "culture mainstream" peut avoir une connotation positive au sens de "culture pour tous", ou négative, au sens de "culture hégémonique".

J'ai toujours un train de retard concernant ce qui se fait en matière de littérature. D'une part parce que je lis très lentement, d'autre part parce que je ne m'intéresse pas forcément aux nouveaux livres qui sortent chez les libraires. J'avais pourtant entendu parler de l'essai de Frédéric Martel en mars à sa sortie, le sujet m'intéressant fortement, je m'étais dit qu'il fallait que je le lise puis j'ai oublié jusqu'au jour où je l'ai retrouvé au MAM !
L'enquête mené par le journaliste est très intéressante, le livre construit de façon intelligente. L'auteur nous décrit d'abord comment les Etats-Unis ont réussi à imposer, par divers moyens un peu compliqués à décrire ici, au monde entier leur entertainment.  Frédéric Martel s'intéresse ensuite comment les pays émergents font pour concurrencer cette hégémonie américaine, que ce soit en Chine, au Brésil ou en Inde. Trois points essentiels ressortent pour moi de ce livre.


L'importance capitale du soft-power
Pour commencer, juste un exemple. Une de mes amies vient d'accueillir une de ses cousines haïtiennes qui ne connaissait pas du tout la mass-culture américaine destinée aux jeunes (à Haïti, on a d'autres soucis). Et il est fou de voir à quel point en visionnant ici High School Musical et Camp Rock cette petite fille a pu s'identifier aux personnages crées par Disney. C'est la magie du soft power américain : avoir su imposer au monde entier un modèle, des idéaux, des valeurs communes, des personnages auxquels chaque personne peut s'identifier, de Friends au Roi Lion. Un soft power qui pèse aujourd'hui autant que le hard power, l'industrie à proprement parlée, dans le rayonnement américain. Cette influence n'est pas due au hasard. Chaque film, du scénario à la promotion (dont le budget dépasse parfois le budget du tournage), est bossé pour cartonner dans le monde entier, et non plus pour le marché intérieur.
Chaque pays - ou civilisation du moins - essaye de nos jours, en se basant sur le modèle de domination américiane, d'agrandir sa sphère d'influence, primordiale pour l'image d'un pays. Il en va du Bollywood indien, à Al Jazeera et les "mousalsalets" dans les pays arabes en passant par les mangas japonais, la K-Pop, la J-Pop en Asie et les telenovelas brésiliennes. Chaque pays se livre une guerre des contenus sur la scène musicale et sur le terrain audiovisuel. Et l'Europe dans tout ça ?
Si chaque pays européen a réussi à protéger sa musique, son cinéma et sa littérature, le marché européen est éclaté dans la sphère culturelle en "27 marchés nationaux qui dialoguent peu entre eux". Il y a donc peu à peu une disparition de la culture européenne commune. Pour paraphraser une formule célèbre de Thomas Jefferson, c'est un peu comme si chaque Européen avait désormais deux cultures : celle de son propre pays et la culture américaine. L'Europe donne très peu naissance à des produits mainstream. Dernier exemple en date, Astérix aux Jeux Olympiques, qui avait coûté 78 millions d'euros et qui a reçu des critiques très négatives.



La France et l'Europe anti-Mainstream
Il n'y a qu'à le voir autour de vous, la plupart des gens dénigrent les blockbusters, la musique commerciale et j'en passe, regardant toujours de haut ce qui plaît à la classe populaire (ce qui m'arrive aussi parfois).
Cette position anti-mainstream existait aux Etats-Unis dans les années 50, l'élite intellectuelle, alors composée principalement d'immigrés européens, faisant toujours une distinction entre high-culture et low-culture. Elle était par exemple hostile à la jazz music, jugée trop populaire, ou aux films américains d'après-guerre, destiné aux grands public.
C'était avant l'avénement des critiques de la nouvelle génération, incarné par Pauline Kael, Tina Brown et Oprah Winfrey, qui ont commencer à "traiter sérieusement la culture populaire" et à "écrire d'une manière grand public" sur la high culture. Loin des hiérarchies culturelles pré-concues des Européens, "le critique américain a une échelle de valeur plus proche de celle du spectateur que son confrère européen", analyse Jonathan Rosenbaum (lol), critique de cinéma.
Il est donc loin le temps où la France dominait culturellement le monde, où chaque pays voulait son propre château de Versailles, où l'on parlait français dans chaque cour européenne. C'était au XVIIIème siècle. Aujourd'hui, les ricains s'arrachent David Guetta ; les Daft Punk, Phoenix et Ed Banger Records représentent ce qu'on fait de mieux en France en matière de musique. Changement de valeur.



Le Mainstream est-elle vraiment synonyme de low-culture ?
Y-a-t-il une frontière entre art et entertainment ? Il est tellement plus facile de casser du sucre sur le dos de Lady GaGa ou de Kanye West, comme le font les journalistes des Inrocks, qui travaillent d'arrache-pied pour plaire au plus grand nombre que de remettre en question ses apriori sur la pop music commerciale et non créative. Or, un clip de Lady GaGa est certainement l'une des choses les plus créatives et artisitiques qu'il m'ait été donné de voir ces dernières années, tant le détail est poussé jusqu'au bout.
Cette haine du Mainstream que j'ai moi aussi, ne vient pas de la non-qualité de ce qui est mainstream, mais surtout du matraquage des radios et des chaînes de télé, payées par les majors pour diffuser 50 titres en boucle, propulsant la moindre nouvelle chanson de Rihanna ou des Black Eyed Peas en tête des charts, que cette chanson soit pourrie ou pas. Un système pervers qui contribue selon moi à la chute de l'industrie du disque.

On concluera ce billet avec cette citation du philosophe français Marc-Alain Descamps :
"L’intervention du goût dans les questions de couleur désintègre complètement l’orientation prise par toutes les études précédentes. De plus, elle nous amène à découvrir l’idéologie sous-jacente à toutes ces études scientifiques. Il s’agit de l’idéologie démocratique, où l’on fait toujours appel à un vote pour découvrir une majorité de préférence. Mais cette idéologie se heurte au goût et est complètement disqualifiée dans tout le domaine artistique. Les goûts de la majorité sont et seront toujours ridiculisés par l’élite. Tant qu’il n’y aura pas d’éducation du beau, les goûts de la majorité seront toujours populaires et vulgaires. C’est l’anti-beau. Cela est particulièrement évident dans les concours de la chanson, du disque. Il en est de même pour les livres : les best-sellers sont forcément des ouvrages médiocres pour pouvoir plaire à la majorité. On ne peut faire juger de la poésie par une masse qui ne parle même pas correctement sa langue. Il en est de même pour le costume et l’habillement. Les grands noms de la peinture, de la sculpture mondiale ou de la littérature sont imposés par la minorité cultivée et de goût. La majorité inculte leur fait confiance sans pouvoir les apprécier vraiment." A méditer.

1 commentaires:

jonathanr354 a dit…

I'm so surprised and pleased to see my name on a such wonderful blog! Keep up the good work. Cheers from Chicago.

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